
Pendant des années, Temu a bâti sa réputation sur des prix incroyablement bas. Des étuis de téléphone à 2 dollars, des gadgets à 3 dollars, des objets de décoration pour moins de 5 dollars : tout cela semblait trop beau pour être vrai. Aujourd’hui, il s’avère que c’était le cas. Ces mêmes articles à 2 ou 3 dollars sont désormais proposés entre 6 et 14 dollars, laissant les acheteurs stupéfaits et se précipitant sur les réseaux sociaux pour exprimer leur frustration.« Temu n’est plus Temu-ing », peut-on lire dans un commentaire viral sur TikTok, tandis que les utilisateurs de Reddit partagent des captures d’écran de leur choc à la caisse. Derrière ce séisme tarifaire se cache un décret de février de Donald Trump qui a supprimé l’exemption« de minimis« , vieille de plusieurs décennies, pour les importations chinoises et hongkongaises. Auparavant, les marchandises d’une valeur inférieure à 800 dollars pouvaient entrer aux États-Unis sans droits de douane ni inspection intensive – une règle qui rendait viables des plateformes comme Temu et Shein. Les chiffres étaient stupéfiants : plus d’un milliard de colis sont entrés aux États-Unis sans droits de douane en 2023, 67% des importations utilisant cette échappatoire provenant de Chine entre 2018 et 2021. Ce flux massif de produits bon marché a soutenu tout un écosystème de commerce électronique à faible marge. Lorsque la nouvelle politique est entrée en vigueur le 2 mai 2025, tout a changé. Les livraisons postales sont désormais soumises à des frais de 30 % ou de 25 dollars par pièce, qui passeront à 50 dollars à partir du 1er juin. Si l’on ajoute à cela des droits de douane de 10 % sur toutes les importations chinoises, le modèle commercial de Temu s’est effondré du jour au lendemain.

Source: thenews.com.pk
La répression s’étend au-delà du commerce. L’administration Trump l’inscrit dans le cadre de la lutte contre les opioïdes, en ciblant spécifiquement la contrebande de précurseurs du fentanyl en provenance de Chine par le biais de failles dans la vente par correspondance. Les autorités américaines affirment que les entreprises chimiques chinoises exploitent ce canal pour approvisionner les cartels mexicains de la drogue, bien que la Chine nie ces accusations. Ce contexte plus large reflète l’examen de plus en plus minutieux des pratiques chinoises en matière de commerce électronique, qu’il s’agisse des préoccupations liées au travail forcé, des prix inférieurs à ceux du marché ou des problèmes liés à la sécurité des données. Les États-Unis et l’Union européenne renforcent leur réglementation, ce qui rend la mise en conformité de plus en plus coûteuse.
La révolution du shopping à l’envers
C’est parmi les utilisateurs américains que la réaction est la plus forte, beaucoup d’entre eux créant des mèmes et promettant de passer à des plates-formes nationales. Le nombre d’utilisateurs actifs quotidiens de Temu a chuté de 52 % en mai par rapport à mars, tandis que Shein a enregistré une baisse de 25 %. Certains redécouvrent les détaillants locaux, tandis que d’autres recherchent d’autres sites de réduction. L’incident montre à quel point les politiques commerciales peuvent rapidement modifier les expériences quotidiennes des consommateurs, même pour des choses aussi banales que des achats impulsifs. Le changement de prix de Temu signale une tendance plus large : l’ère des produits chinois ultra bon marché inondant les marchés mondiaux touche peut-être à sa fin, du moins pour les consommateurs américains… ?